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LA KABYLIE CONTEMPORAINE

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1 LA KABYLIE CONTEMPORAINE في الثلاثاء أغسطس 09, 2011 12:57 pm

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LA KABYLIE CONTEMPORAINE

Et si la Kabylie était une senteur ? En été, ce serait l'odeur d'un plat qui embaumerait tout le massif du Djurdjura, de la vallée de la Soummam à la chaîne des Bibans. Dans un plat de terre qu'autrefois les femmes fabriquaient avec l'argile des oueds, on jetterait les poivrons et les tomates. Ils grilleraient jusqu'à ce que leur peau se détache comme une robe, puis mijoteraient dans une généreuse huile d'olive. Une fois tiédis, on y tremperait de l'aghroum, la galette de semoule. Avec une gorgée de petit lait bien frais, on comprendrait alors toute la poésie des régions de Kabylie dans cette atmosphère que l'érudit « amussnaw » Mouloud Mammeri appelait « la splendide nudité ».
Aujourd'hui, cette splendide nudité saisit le voyageur comme le soleil s'agrippe aux chemins qui montent des Ouadhias, au sud de Tizi Ouzou, à la station de ski de Tikjda. A quelque 140 kms à l'est d'Alger, le parc national du Djurdjura s'étale sur 18 550 hectares (un dizième du parc naturel du Vercors). Libre. Libre comme l'aigle royal qui vole au-dessus des sommets et laisse filer l'ombre de ses ailes sur les pitons arides. Le soleil y est brûlant, le chant des cigales incessant et l'odeur des résines âpres. Et il faut monter jusque sur les contreforts du Lalla Khedidja, le point culminant du massif, à 2 308 mètres d'altitude, pour respirer la fraîcheur des nobles cèdres de l'Atlas. Dans cette massive splendeur, on comprend pourquoi les hommes ont ponctué la chaîne de montagnes de lieux de culte mystiques et minuscules. Là, reposent des saints et des saintes dont l'humanité, devenue légende, est sollicitée pour intercéder auprès d'Allah, parce que Lui, Il est grand.
Dans la ville d'Aïn El Hammam, ex-Michelet, vous vous rendrez sur la tombe de Cheikh Mohand Ou Lhocine, le Saint des Saints. Vous tournerez trois fois autour de son sanctuaire vêtu de soieries violettes, dans l'ombre et le murmure des femmes en prière, des jeunes filles en solitude, des fous en quête de raison. Sous le soleil ardent, vous pénétrerez dans la grotte de pierre afin de prendre l'eau de la source sacrée et allumerez une bougie à poser contre les murs couverts d'empreintes de mains passées au henné. Et vous ferez un voeu. Dehors, vous imaginerez le Saint Homme assis sur son siège d'ardoise sur lequel, dit-on, il recevait les pèlerins, il y a plus d?un siècle.
Le massif du Djurdjura est davantage qu'une montagne : une géographie de la résistance. Les Romains l'appelaient « la montagne de fer ». Cinquante kms de calcaire et de schiste sur 3 à 10 kms de large, depuis les Issers à l'ouest, jusqu'au mont Gouraya qui domine le golfe de Béjaïa, sur la côte méditerranéenne.
Au moment où le soleil se couche, on prend la mesure de ce monde à part. A l?heure où la terre s?apaise enfin, un enfant pleure dans la plaine, un chacal crie, tandis que cesse le cri des cigales. La lune éclaire le massif, deux jeunes filles s?étirent sur la terrasse, goûtant à cette nuit d?étoiles roses et bleues. Les paraboles, greffées par dizaines sur les terrasses, apporteront bientôt d'autres nouvelles du monde.
Depuis l'hôtel Djurdjura, désuet à souhait, la Kabylie se dévoile. Des étoiles sont-elles tombées du ciel sur les crêtes ou alors seraient-ce les lumières des villages qui montent à l'assaut du massif ? on saisit ici ce que résister veut dire, dans cette région d'Algérie où les hommes aiment à s?appeler Imazighen, les hommes libres. Il fallait la chérir, cette liberté, pour s?enfuir en tribus devant les invasions, romaines, hilaliennes puis françaises. S?enfuir jusqu?au pied de la montagne de neige et bâtir sur des terres ingrates des cités d?argile et d?ardoise.
Au petit matin, en redescendant vers la commune d?Agouni Gueghrane, au sud de Tizi Ouzou, une halte au village d?Aït El Kaïd rouvre un livre d?histoire. Et quelle histoire ! Aït El Kaïd, juché à 700 mètres d?altitude, fut bâti au début du XVIIème siècle. Auparavant, le bourg se trouvait dans la vallée, sous la domination du caïdat de Boghni. Les envahisseurs ottomans y avaient installé une garnison de janissaires. En dépit de la disette, ces derniers prétendirent saisir « les quelques grains qui restaient ». fous de rage, les habitants massacrèrent le caïd et la population s?exila sur ce piton « inexpugnable ».
« Inexpugnable », il l?est ! Pendant que les autres villages de pierres, plus accessibles, se métamorphosent en maisons de béton, lui attend d'être classé au patrimoine national. Pour y accéder, il faut emprunter le chemin de terre, les escaliers d?ardoises au bord desquels penchent des oliviers centenaires. Les maisons de pierres taillées en étages se confondent avec la roche ocre. La gardienne des lieux, Tassadith, la bienheureuse en kabyle, accueille les visiteurs sous la voûte en bois de chêne qui porte la maison des aïeux. Seule une meurtrière laisse entrer le soleil. Le bas des murs est peint en jaune, en vert, en noir et en rouge. Autrefois, chèvres et moutons occupaient le bas de la maison, les hommes vivant sur la mezzanine. Sur les étagères, on entassait pour l?hiver de lourdes cruches d?argile : huile d'olive, figues sèches? Dans le mur qui donne sur l'entrée, une barre de bois sert toujours pour installer le métier à tisser. Le sol en ciment brille comme un miroir, Tassadith l?a poli à la main avec un galet.les femmes kabyles sont la mémoire du Djurdjura. Les mères y sont vénérées ; n?ont-elles pas maintenu vivante l?une des plus vieilles langues de la Méditerranée ?
Maintenant, il faut redescendre par le col de Tirourda vers la basse Kabylie, vers la vallée de la Soummam, au pays des oliviers qui couvrent la plaine, les collines à perte de vue, là où le blé pousse et passent les cigognes qui construisent leurs énormes nids sur les minarets des mosquées.
A l?est, on aperçoit Ighil Ali, le berceau de la cantatrice Taos Amrouche, morte en 1976. En remontant vers les Bibans, on contemple la qalaa des Béni Abbès. Une citadelle qui marque l?entrée sur les terres de la puissante confrérie des Rahmaniya, fondée par un Berbère au XVIIIème siècle, sur les terres de cheikh Aheddad. A son appel, El Mokrani dirigea la célèbre insurrection de 1871 contre l?occupation française. Le tombeau du révolutionnaire vénéré domine la ville qui s?étend sur un écrin d?avoine jaune. Non loin, émerge une mosquée d?une blancheur insolite, un joyau d?architecture berbéro-andalouse. A quelques pas, trône une meule à huile taillée d?une pièce dans la pierre, pesant des tonnes, dressée tel un vigile au c?ur de la terre. Là, vous comprendrez pourquoi Si Mohand, le prince des poètes kabyles mort en 1906, dont les poèmes, jamais écrits, se transmettent de génération en génération, a laissé à la Kabylie cette devise : « Annerrez wal? anneknu ». « Plutôt rompre que plier. »


Ghania Mouffok

http://numidia.ahlamuntada.com

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